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Pourquoi les faïenciers de Moustiers signent d'un épi
n° 02 Le village 3 min de lecture
L'épi de blé des faïences de Moustiers, la devise du village, les décors au bleu et au manganèse : ce que portent les pièces signées d'un épi.

La faïence de Moustiers porte un signe qui la distingue des autres céramiques françaises : l'épi de blé, peint ou moulé, souvent posé au dos de la pièce avec le nom de l'atelier. L'épi vient du blason du village, et il est devenu la marque de fabrique d'une production qui a occupé jusqu'à plusieurs centaines d'ouvriers au XVIIIe siècle. Une pièce signée d'un épi, à Moustiers, se reconnaît d'abord à cela.
Ce que dit le blason du village
Le blason de Moustiers porte une étoile à cinq branches et une chaîne, avec la devise « Et le Verdon ». L'étoile rappelle, selon la tradition locale, le pèlerinage de Jérusalem d'un seigneur du lieu, et la chaîne un vœu de captif libéré. L'épi de blé s'est ajouté au répertoire décoratif des faïenciers comme un signe de prospérité, et il est resté après la Révolution alors que le blason changeait d'usage.
Cette histoire compte pour la lecture d'une pièce. Un plat du XVIIIe siècle à décor de grotesques, de scènes de chasse ou de guirlandes porte rarement l'épi au dos dans sa version ancienne : la marque se banalise au XIXe siècle, quand les ateliers signent pour se protéger des copies.
Les décors, du bleu au manganèse
La palette de Moustiers tient à trois familles de couleurs. Le bleu de cobalt, appliqué en camaïeu sur l'émail blanc, donne les grands décors de la fin du XVIIe siècle. Le manganèse, brun violacé, se mêle au bleu dans les décors dits polychromes du XVIIIe siècle. Les terres de fer et l'antimoine apportent plus tard les verts, les jaunes et les ocres des décors naturalistes, oiseaux, fleurs et papillons.
La fabrication suit toujours le même ordre : la pièce est moulée ou tournée dans une terre calcaire blanche, cuite une première fois, émaillée au bain, décorée à la main, puis recuite à environ 1 000 degrés. Une pièce passée deux fois au four ne se décore pas comme une pièce crue : le peintre travaille sur un émail sec, et une hésitation du pinceau ne se rattrape pas.
Reconnaître un décor de Moustiers
Trois signes reviennent sur une pièce de Moustiers : une réserve blanche large entre les motifs, ce qui laisse respirer le décor ; des bleus à plusieurs intensités obtenus par dilution du cobalt ; et une composition symétrique autour d'un axe, même dans les scènes figuratives. Le décor de Moustiers ne remplit pas la surface entière, à la différence de certaines faïences de Rouen ou de Marseille qui couvrent le fond d'un réseau de motifs.
Un pièce du XVIIIe siècle se reconnaît aussi au revers : la marque de l'atelier, parfois une lettre de peintre, et le pied qui porte les traces de trois points de pernette, ces petits supports d'argile qui empêchent l'émail de coller au four. Une pièce moderne porte au contraire une marque imprimée, un tampon ou une signature au pinceau sous couverte.
Voir travailler les ateliers
Les ateliers de Moustiers ouvrent leurs portes toute l'année, et la visite dure de vingt minutes à une heure. On y voit la terre, le tour, le four et le peintre, et l'on y comprend ce qu'une pièce demande : de six à dix heures de travail pour un grand plat décoré. Les vitrines du musée de la faïence, installé dans le village, situent cette production dans trois siècles d'histoire, du plat d'apparat du XVIIe siècle à l'assiette contemporaine.
Le carnet tient ses repères des publications du musée de la faïence et des ateliers du village, ainsi que des notices de l'office de tourisme de Moustiers.