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La BouscatièreCarnet de Moustiers-Sainte-Marie et du Verdon

Cahier 2026

Mardi

Restaurer une faïence de Moustiers : gestes d'atelier

n° 07 La demeure 4 min de lecture

Ce que l'atelier de porcelaine apprend à qui regarde une faïence de Moustiers : la casse, la dorure, la lecture d'une pièce ancienne et ses gestes.

Une assiette de faïence de Moustiers posée sur un établi de bois clair, éclat au bord et filet d'or usé, lumière rasante de fin d'après-midi venant d'une fenêtre, cadrage serré sur le pied et la marque peinte.
Photographie n° 07 La demeure page de septembre 2026

Restaurer une faïence de Moustiers demande d'abord de lire la pièce avant d'y toucher. On observe la glaçure, la cassure, la dorure, puis on décide si l'on colle, si l'on comble ou si l'on s'arrête.

Que regarde-t-on en premier sur une faïence ancienne ?

On regarde la glaçure avant le décor. À Moustiers-Sainte-Marie, la faïence est cuite, émaillée, puis décorée et recuite : la surface porte donc deux passages au four, et c'est là que se logent les défauts. Une glaçure qui craquèle en fines lignes, un éclat au bord, une bulle éclatée près de l'anse : ces marques disent l'âge mieux qu'une signature. Les gestes de l'atelier de porcelaine, décrits dans un atelier de restauration de porcelaine, s'appliquent presque tels quels à une assiette de Moustiers sortie d'un placard.

Le décor vient ensuite. Le bleu de cobalt, le vert de cuivre, le manganèse violet sont posés au pinceau sur l'émail cru. Un décor qui déborde légèrement du motif, un trait plus épais à la fin d'une volute, ce sont des indices de main. L'épi peint sous la pièce, signe des faïenciers du village, se lit à la loupe : sa forme change selon les ateliers et les époques.

La casse, enfin. Une fêlure qui traverse l'émail sans traverser la terre n'a pas la même gravité qu'un tesson détaché. Un manque au bord d'une assiette se comble ; une fêlure qui court vers le centre se surveille. La règle d'atelier est simple : ne jamais aggraver. On photographie, on note, on attend.

Comment se passe le collage des tessons ?

Le collage commence par un nettoyage à sec, sans produit. Les bords de cassure sont dépoussiérés, parfois dégraissés à l'alcool. On présente les tessons à blanc, sans colle, pour vérifier que les bords se rejoignent. Si un éclat manque, on le sait avant de coller, pas après.

La colle se pose en fine couche sur un seul bord, jamais sur les deux. On maintient avec un ruban de papier gommé, tendu sans forcer. Le séchage se compte en heures, pas en minutes. Une fois sec, le raccord se voit encore : c'est normal. Le comblement vient après, avec une pâte teintée dans la masse, posée au scalpel, lissée à l'eau.

Pour une faïence de Moustiers, ce comblement pose une question de teinte. L'émail du village n'est pas blanc pur : il tire parfois vers le crème, parfois vers le gris. Une pâte trop blanche se voit de loin. On préfère un léger écart, assumé, à un raccord qui crie.

La dorure se refait-elle ?

La dorure se refait rarement, et jamais à l'identique. Sur les pièces anciennes, l'or était posé à la feuille ou en poudre, puis cuit à basse température. Il s'use par frottement, surtout sur les bords et les anses. Un filet d'or presque effacé garde une valeur de témoignage : le refaire à neuf efface l'âge.

Quand on décide d'intervenir, on utilise une dorure froide, appliquée au pinceau fin, sans cuisson. Elle tient moins bien qu'une dorure au feu, mais elle est réversible. C'est le point important : tout geste de restauration doit pouvoir se défaire. Un collectionneur préfère une dorure partielle, honnête, à un bord qui brille trop.

Quels gestes d'atelier s'appliquent à une faïence du village ?

Les gestes sont les mêmes que pour la porcelaine : coller, combler, retoucher, protéger. Ce qui change, c'est la matière. La faïence est plus tendre, plus poreuse, plus sensible aux chocs thermiques. Elle craint les lavages à grande eau et les produits ménagers acides.

Le rangement compte autant que la réparation. Une pièce recollée ne doit pas porter de poids : on la pose, on ne la suspend pas. On évite le contact direct avec le bois brut, qui peut marquer l'émail. Un feutre fin sous le pied suffit. En vitrine, on éloigne les pièces des sources de chaleur et du soleil direct, qui pâlit les couleurs.

Le mistral et l'air sec de la Haute-Provence ne sont pas un problème pour la faïence. L'humidité stagnante en est un. Une pièce stockée dans un carton fermé, dans un garage, se couvre de moisissures sur l'émail. On préfère une étagère aérée, à l'abri de la poussière, avec un léger espace entre les pièces.

Comment lire une marque sous une pièce ?

On retourne la pièce et on lit le pied. À Moustiers, les marques sont peintes, pas imprimées : un épi, parfois un nom d'atelier, parfois rien. Une marque effacée ne veut pas dire pièce sans intérêt. Beaucoup de faïences du XVIIIe siècle sortent d'ateliers sans signature.

La lecture du pied donne aussi des indices de cuisson. Un pied qui colle légèrement, une trace de pernette, un émail qui descend en goutte : ce sont des marques de fabrication, pas des défauts. Elles situent la pièce dans une chaîne de production, entre le tour, le four et la main du peintre.

Pourquoi réparer plutôt que remplacer ?

Réparer garde l'objet dans sa continuité. Une assiette de Moustiers recollée reste une assiette de Moustiers : elle porte son histoire, y compris sa casse. Remplacer une pièce par une autre, même identique, efface cette histoire.

La restauration visible a ses partisans. Un comblement teinté, un filet d'or partiel, un tesson recollé : ces traces disent ce qui est arrivé. C'est une position d'atelier, pas une règle universelle. Elle demande de la patience et un peu de méthode.

Pour qui veut regarder une faïence de Moustiers autrement, la leçon est simple : observer avant d'agir, noter ce qu'on voit, et accepter que la pièce garde ses marques. Les gestes de l'atelier de porcelaine, décrits en détail dans un magazine allemand consacré à la céramique et au verre, s'apprennent lentement, pièce après pièce.

Sources :